La compartimentation de la nature

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Jacques Weber nous dit, dans les regards sur la biodiversité de la Société Française d’Écologie, que les écologues n’ont pas su fournir de listes de “fonctions” des écosystèmes et que les économistes ont donc lister les “services” dont les humains bénéficient du fait du fonctionnement des écosystèmes.

L’étape suivante a donc été (et demeure) de demander aux écologues d’identifier les composantes de la biodiversité ou des écosystèmes qui rendent ces services possibles. On va donc demander à l’écologie de dresser la liste des services obtenus d’une zone humide, d’une forêt ou d’une prairie…

Plus que la “commodification”* ou la “marchandisation” de la nature, c’est cette “compartimentation” de la nature en une liste de services qui est problématique vis-à-vis de l’écologie en tant que discipline scientifique.

Les besoins de la compartimentation forcent en effet les écologues à simplifier de façon parfois drastique la complexité des interactions entre organismes et entre ceux-ci et leur environnement (comme le dénonce également Jacques Weber). Cette simplification vise notamment à identifier, quantifier et cartographier des “elements” (sous la forme d’indicateurs ou de proxys) qui soient adaptés aux contraintes techniques (expertise, temps) et financières (coûts) de l’évaluation des services dans le cadre de la gestion.

Si l’objectif de l’écologie est de comprendre les interactions entre les organismes et avec leur environnement, alors elle ne doit pas se satisfaire de fournir des indicateurs utiles à l’évaluation des services dont bénéficient les humains. Une forêt ou une prairie, dans son contexte historique, géographique et social particulier, ne peut pas être résumée en une liste de 12 services clés tirés d’une liste !

Sans renoncer à contribuer à renforcer les bases scientifiques des décisions de gestion, l’écologie ne doit pas ignorer la complexité des processus sous-jacents, et les considérables incertitudes qui les entourent.

* Pour plus de lecture sur la commodification, voir :

  • Kosoy, N. & Corbera E. (2010): Payments for ecosystem services as commodity fetishism. Ecological Economics 69: 1228-1236.
  • Moore L. (2010): The neoliberal elephant: Exploring the impacts of the trade ban in ivory on the commodification and neoliberalisation of elephants. Geoforum, in press.
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