Les objectifs de restauration écologique: quelle spécificité viser ?

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Dans un récent article publié dans la revue américaine Wetlands, Diane De Steven et ses collègues ont présenté une expérimentation de 5 ans pendant laquelle ils ont tenté de piloter des zones humides restaurées (en Caroline du Sud, USA) vers des communautés herbacées ou au contraire de la forêt humide. Ce fut un échec!

En fait, ce n’était pas un échec dans l’absolu. Ils ont d’ailleurs généré un ensemble de zones humides tout à fait représentatives (du point du vue fonctionnel ou des espèces présentes) des zones humides naturelles qu’on trouve dans la région. Ce qu’ils n’ont pas réussi à faire, c’est à prédire quelles zones humides (parmi les 16 qu’ils ont restauré) enclencheraient une dynamique vers l’herbacé et lesquelles iraient vers du forestier. Ils n’ont pas pu prévoir l’évolution de la hydrologie de chaque zone humide une fois les drains bouchés alors que c’est là le principal déterminant du recrutement des arbres (bien plus que leurs tentatives de plantations d’arbres dans les zones humides qu’ils destinaient à la forêt humide!).

Diane De Steven et ses co-auteurs ont tirés plusieurs conclusions intéressantes de leur expérimentation :

  • Les enjeux de l’évaluation du succès de la restauration sont élevés dans un contexte où la règlementation vise à compenser les pertes de zones humides par des gains issus de restaurations écologiques.
  • Le succès de la restauration ne peut en général pas s’évaluer en oui / non
  • Définir à l’avance des objectifs de restauration en termes de communautés végétales conduit à ignorer la variabilité des dynamiques écologiques et les multiples états écologiques possibles d’une zone humide
  • Des objectifs de restauration plus souples, basés par exemple sur une gamme de communautés de référence (naturelles ou pas) serait plus en accord avec une démarche de gestion adaptative de la restauration écologique.
  • La gamme-objectif pourrait être définie en termes de fonctionnement ou de communautés végétales, voire même de groupes ou de traits fonctionnels (reconnaissant par là qu’une même fonction peut-être réalisée par des espèces différentes).
  • Ces idées sont intéressantes à garder à l’esprit dans le cadre de la restauration mais également dans le cadre de l’évaluation des zones humides dans le cadre de la compensation: avec quelles métriques et contre quels objectifs doit-on évaluer les pertes et gains ?

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