Des méthodes rapides et fiables pour évaluer l’état des zones humides?

L’obligation d’éviter, réduire et compenser les impacts suscite de nombreuses questions scientifiques et techniques, dont les méthodes permettant de caractériser sur le terrain les pertes de fonctionnalités liées aux zones humides dues aux impacts et les gains espérés des mesures de compensation. Pour être appliquées largement, ces méthodes doivent être fiables mais aussi rapides, peu coûteuses et donner des résultats reproductibles.

Des méthodes de ce type, rapid assessment methods, ont été développées aux USA au cours des trente dernières années, sous l’impulsion d’un cadre réglementaire de plus en plus contraignant. Elles constituent aujourd’hui un outil d’aide à la décision puissant et adapté à l’évaluation de dommages et à la réparation d’impacts sur les zones humides, notamment via la conception et le dimensionnement de mesures compensatoires.

La plupart des méthodes évaluent les zones humides en fonction de trois enjeux : l’hydrologie au sens de leur alimentation en eau, tant en qualité qu’en quantité, la structure de l’habitat qu’elles constituent pour la faune et la flore et le contexte paysager dans lequel elles se situent. A chaque enjeu sont associées des indicateurs, pour lesquels une note est attribuée à partir de la proposition qui représente le mieux l’état observé. Ces notes sont ensuite combinées pour fournir une note par fonction et/ou une note globale.

Bien que le principe général des méthodes d’évaluation rapides soit largement partagé, elles n’en sont pas moins construites selon une politique locale ou un contexte géographique régional précis (au niveau des états fédérés). Les méthodes varient considérablement dans leur portée, le choix des références, la notation, la mise en œuvre ainsi que le niveau d’expertise requis.

En France, les récentes dispositions réglementaires en termes de compensation dessinent une tendance proche de celle suivie au États-Unis et il semble naturel d’envisager le développement de méthodes d’évaluation rapide pour la France. Dans le cadre d’un projet financé par le Conseil Général de l’Isère, 6 méthodes rapides d’évaluation ont été appliquées à une sélection de zones humides plus ou moins dégradées du département de l’Isère.

L’étude a montré que les méthodes sont capables de discriminer les sites évalués entre eux. En revanche, elles ne sont pas toujours cohérentes entre elles : elles ne classent pas toutes les sites dans le même ordre. Ceci est du à l’importance plus ou moins forte qu’elles accordent au caractère “sauvage” et donc boisé dans le gradient de dégradation qui sert de référence. Les diverses manières dont est pris en compte le contexte paysager joue aussi un rôle important, celui-ci variant de la bande tampon de quelques mètres (méthode du Montana) au “paysage écologique” de plusieurs dizaines de Km2 (méthode UMAM de Floride).

On trouvera les principaux résultats dans le rapport de stage d’Eugénie Schwoertzig (pdf ici).

Les résultats de l’étude montrent qu’une transposition directe des méthodes américaines ne serait pas pertinente en France. Les méthodes incorporent des choix et des priorités en termes de fonctionnalités qui doivent être en adéquation avec les enjeux de conservation des zones humides définis à l’échelle des SDAGE ou des SAGE (en plus d’objectifs définis à l’échelle nationale). Le choix des indicateurs et de leur pondération sera évidemment une étape déterminante dans le développement d’une méthode pour le contexte français.

Affaire à suivre…

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