Archive for the ‘Directive 2004/35/EC’ Category

A quand un NRDA à l’européenne?

Monday, January 31st, 2011

Dans un article publié récemment dans la revue Natures, Sciences, Sociétés, Sylvain Pioch, Julien Hay et Harold Levrel font le bilan des enjeux pour la France de la marée noire du Deepwater Horizon.

Ils reviennent notamment sur l’importance d’anticiper les besoins en termes d’évaluation d’impacts sur la biodiversité et les milieux naturels (du point de vue des dommages écologiques purs) : objets, méthodes, savoir-faire et moyens.

Ces questions sont d’autant plus urgentes que les récentes avancées de la législation européenne et française concernant la responsabilité environnementale des pollueurs est très largement inspirée de la réglementation américaine qui exige en particulier une réparation intégrale et en nature des impacts sur les “ressources” et/ou les “services” fournis par les milieux naturels impactés.

Concrètement, la réparation est conçue, dimensionnée et mise en œuvre via une procédure encadrée : le NRDA (Natural Resource Damage Assessment). Parmi les caractéristiques clés du NRDA, on peut souligner les points suivants:

  • La procédure porte sur les “ressources” ou “services”, en référence explicite au cadre conceptuel des fonctions et services écologiques
  • La procédure prend en compte explicitement les délais de réparation en distinguant les opérations visant à accélérer le retour de l’environnement à son état initial des opérations visant à compenser les pertes temporaires tant que l’environnement n’est pas revenu à son état initial.
  • La procédure exige un coût “raisonnable” de l’évaluation des dommages et du choix des mesures de réparation
  • La procédure encourage la collaboration des parties impliquées, que ce soit dans les phases d’évaluation des dommages que lors de la conception et du dimensionnement des réparations.
  • La procédure vis à prendre en compte toutes les complexités et difficultés de la réparation intégrale, y compris le risque d’échec et la problématique de l’équivalence écologique.
  • A quand un équivalent français ou européen?

    La LRE : tremplin ou fausse promesse pour les services écologiques ?

    Tuesday, November 9th, 2010

    En 2008, un gros morceau de législation européenne fut transposé en droit français : la directive dite de responsabilité environnementale (directive 2004/35/CE du 21 avril 2004). La directive fut transposée par la loi de transposition n°2008-757 du 1er aout 2008 (dite LRE) et incorporée au code de l’environnement au titre VI : prévention et réparation de certains dommages causés à l’environnement.

    La directive reprend les grands principes de la législation américaine sur les pollutions accidentelles : Comprehensive Environmental Response, Compensation, and Liability Act (CERCLA ou”superfund”) de 1980 et Oil Pollution Act de 1990. Elle introduit en particulier une exigence de réparation en nature des “dommages écologiques purs*” (qui sont distincts des intérêts lésés des usagers des ressources ou milieux naturels ou encore des associations en charge de la protection de l’environnement). Elle vise notamment à “compenser” le fait que la réparation primaire du site impacté par la pollution puisse être incomplète (on parle alors de réparation complémentaire) ou trop longue à être effective (on parle alors de réparation compensatoire).

    Dans les deux cas, la compensation qu’elle offre ne se substitue pas à la réparation primaire, de la même façon que la compensation des impacts résiduels d’un projet autorisé ne se substituent pas aux mesures d’évitement et de réduction des impacts.

    De nombreux commentateurs de la compensation suggèrent que la LRE élargit le champ d’application de la compensation au delà des espèces et des habitats naturels protégés et que la notion de service écologique qu’elle introduit permet de prendre en compte la nature dite “ordinaire”.

    Cette interprétation est un peu optimiste : elle fait peu de cas des restrictions que souligne la LRE…

    La LRE s’applique en effet aux “détériorations directes ou indirectes mesurables de l’environnement qui affectent gravement le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable (a) des espèces [protégées par les directives Oiseaux et Habitats] ; (b) de [leurs habitats ainsi que des habitats d’intérêt communautaires] ; (c) des sites de reproduction et des aires de repos des espèces [protégées par la directive Habitats]” ou qui “affectent les services écologiques, c’est-à-dire les fonctions assurées par les sols, les eaux et les espèces et habitats mentionnés [ci-dessus] au bénéfice d’une de ces ressources naturelles ou au bénéfice du public (…) “.

    La LRE s’applique donc uniquement aux espèces et habitats naturels protégés. Même les services considérés ne sont que ceux qu’assurent les habitats naturels listés à l’annexe I de la directive Habitats ou les habitats d’espèces protégées.

    La LRE risque donc de décevoir ceux qui proposent de s’en servir comme tremplin pour généraliser le concept de service écologique dans l’évaluation environnementale.

    * On lira avec intérêt le chapitre 3 du rapport du Centre d’Analyse Stratégique sur l’approche économique de la biodiversité de 2009.

    Stratégie Nationale pour la Biodiversité : La compensation écologique en bonne place

    Tuesday, November 2nd, 2010

    La France s’est doté en 2004 d’une Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB – pour en savoir plus, vous pouvez consulter Wikipedia ou la présentation par le ministère).

    Un bilan de la SNB a été publié en juin 2010 (disponible en pdf ici). Parmi les perspectives d’évolution de la SNB qui ont été proposées, tant sur le plan règlementaire que du financement, la question de la compensation écologique figure en bonne place.

    En matière d’orientation des comportements, la SNB doit pouvoir également accorder une place importante à la compensation de la perte de biodiversité. (…) La stratégie nationale de biodiversité pourrait contenir des principes clairs sur les possibilités de réparation et de compensation à la lumière des textes européens

    On y retrouve également la question clé de la “servitude environnementale” qui pourrait pérenniser sur le long terme les actions de compensation, mais aussi de nombreuses autres initiatives de protection de la nature (réserves privées).

    Création de servitudes d’environnement permettant d’affecter à un opérateur la taxation d’une partie des plus values réalisées par des propriétaires riverains d’un patrimoine naturel : un tel système permettrait de financer la gestion d’espaces fragiles sur le littoral ou insérés dans la TVB

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    La SNB sera révisée d’ici mai 2011. On verra comment s’y inscrivent ces deux outils…