Un symposium “business & biodiversité” s’est tenu mercredi 19 octobre 2010 au Muséum National d’Histoire Naturelle. Il était organisé par l’association Entreprises Pour l’Environnement (EPE) qui réunit plusieurs grands groupes français autour des questions d’environnement (peut-on dire que c’est un lobby?).
Les contributions des uns et des autres étaient assez inégales du point de vue de leur compréhension des questions de biodiversité et vis à vis des services écologiques dont ils peuvent dépendre. On pourra retenir les points suivants :
L’enjeu pour de nombreuses entreprises et de transformer les contraintes et pressions réglementaires (licence to operate) en projets “créateurs de valeur”. Certaines entreprises (dont la Lyonnaise des eaux ou BASF Agro) ont mentionné les services en faveur de la biodiversité pour lesquels elles pourraient être rémunérée (à ce sujet, voir l’article de Raphaël Billé sur les systèmes de paiement pour services écosystémiques qui entrent en contradiction avec le principe pollueur – payeur).
Les impacts des entreprises sur la biodiversité et les SE génèrent plusieurs types de risques pour les entreprises:
Risque de non-conformité (avec pénalités)
Risque fiscal
Risque d’image (vis à vis de partenaires mais aussi des collaborateurs / employés)
Risque pour l’accès aux ressources naturelles ou au foncier
Risque pour l’accès aux capitaux
Un des enjeux identifiés dans la discussion a été la stabilisation et la professionnalisation du secteur des actions en faveur de la biodiversité et les SE (création, restauration et gestion de milieux) et des métiers correspondants.
Les risques liés aux responsabilités des entreprises vis à vis de la biodiversité et les SE font maintenant l’objet de polices d’assurance (c’est un des métiers de MARSH S.A.). Les assureurs font donc déjà de la “cartographie des risques environnementaux” au niveau des entreprises (risk profiling). La directive de responsabilité environnementale n’a fait que renforcer la pertinence de ces assurances pour les entreprises exposées à ces risques.
Les entreprises ont besoins d’outils de navigation et de points de repères pour prendre en compte la biodiversité et les SE.
Les recettes du succès dans la prise en compte de la biodiversité et des SE sont:
Une démarche multi-acteurs
Le partage du diagnostic
Les indicateurs
L’action
L’évaluation économique de la nature est à la mode et les bureaux d’étude sont extrêmement sollicités pour donner des chiffres (en euros donc) sur la valeur de tel ou tel milieu ou site. Plusieurs participants ont exprimé des craintes sur le savoir-faire de ceux qui se lancent dans ce marché actif et sur l’utilisation qui sera faite des chiffres ainsi obtenus.
Il existe maintenant des standards environnementaux utilisés par les principaux bailleurs de fonds pour juger si ils peuvent ou non financer un projet. L’objectif de no-net-loss of biodiversity est par exemple inclus dans les recommandations de la International Finance Corporation (une filiale de la Banque Mondiale, un gros bailleurs de fond s’il en est !)
En fin de journée, Chantal Jouanno a mentionné les points suivants:
La compensation écologique doit être renforcée. Un comité de pilotage sera mis en place en novembre 2010. Les mesures compensatoires doivent être mise en cohérence avec les trames vertes et bleues.
Un TEEB à l’échelle nationale va être lancé
Il faut intégrer la biodiversité et les SE à la comptabilité des entreprises
Après Copenhague, un succès est indispensable à Nagoya
La responsable développement durable de Veolia Environnement a insisté sur la nécessité d’une agence de la nature ayant des ressources propres. Elle a rappelé qu’une telle agence est prévue par le Grenelle de l’environnement, que la fiscalité environnementale n’est plus tabou et qu’une telle agence serait indispensable pour superviser la compensation écologique.